EFT et tapping : la technique des points d’acupuncture contre l’anxiété
Sommaire
Une étude de Church et al. (2012, Journal of Nervous and Mental Disease) a mis en compétition trois groupes de 83 individus stressés : un groupe recevait une séance d’EFT (tapping), un autre une session de talk therapy, le troisième attendait sans traitement. Après la séance, le groupe EFT montrait une réduction de 24% du cortisol salivaire – contre 14% pour la talk therapy et 14% pour le groupe contrôle. C’est l’une des premières études à mesurer directement les effets biologiques du tapping. Elle allait ouvrir la voie à plusieurs dizaines d’études cliniques sur l’EFT.
Qu’est-ce que l’EFT ?
L’EFT (Emotional Freedom Techniques), développé dans les années 1990 par Gary Craig à partir du TFT (Thought Field Therapy) de Roger Callahan, est une technique qui combine :
- La stimulation manuelle de points d’acupuncture spécifiques (tapping : tapotements doux du bout des doigts)
- Une focalisation mentale sur le problème, l’émotion ou la pensée à traiter
- Une affirmation verbale qui reconnaît le problème et établit une acceptation de soi
La technique est souvent décrite comme un “pont” entre la psychologie cognitive (l’exposition à l’émotion difficile) et la médecine traditionnelle chinoise (les méridiens d’acupuncture). Cette combinaison lui vaut à la fois des partisans enthousiastes et des sceptiques légitimes.
Les points de tapping
Le protocole de base (“Basic Recipe” de Craig) utilise les points suivants, dans l’ordre :
- TC (Tranchant de la Main) : le bord extérieur de la main (côté “karaté”)
- TS (Sommet de la Tête) : le sommet du crâne
- SO (Sourcil intérieur) : début du sourcil, près du nez
- CE (Coin Externe de l’oeil) : bord externe de l’orbite
- DS (Dessous de l’oeil) : centre de l’os sous l’oeil
- DN (Dessous du Nez) : dessus de la lèvre supérieure
- Menton : le pli entre la lèvre inférieure et le menton
- CC (Clavicule) : jonction sternum/clavicule
- DA (Dessous du Bras) : côté du thorax, environ 10 cm sous l’aisselle
Chaque point reçoit 5 à 10 tapotements doux du bout des doigts pendant qu’on se concentre sur le problème.
Le protocole de base
Étape 1 – Identification et évaluation
Identifier clairement le problème (“je suis anxieux à l’idée de cette présentation”) et l’évaluer sur une échelle de 0 à 10 (SUD : Subjective Units of Distress). Ce score de départ permet de mesurer l’évolution.
Étape 2 – La phrase de mise en place
Tapoter le point TC (tranchant de la main) en répétant 3 fois : “Même si [le problème], je m’accepte profondément et sincèrement.” Par exemple : “Même si j’ai peur de faire cette présentation, je m’accepte profondément et sincèrement.”
Cette formule à deux fonctions : exposer le cerveau au problème (comme dans l’exposition de la TCC) et ancrer une acceptation de soi inconditionnelle.
Étape 3 – La séquence de tapping
Parcourir tous les points dans l’ordre, en tapotant chacun 5 à 10 fois, en maintenant l’attention sur le problème (“cette peur de la présentation”, “cette anxiété dans ma poitrine”).
Étape 4 – Réévaluation
Réévaluer l’intensité de la détresse de 0 à 10. Répéter si le score est encore élevé (au-dessus de 3-4), souvent avec des nuances de la phrase de mise en place selon ce qui a émergé.
Ce que la recherche dit
La base d’évidence de l’EFT à considérablement progressé dans les 15 dernières années :
Une méta-analyse de Sebastian et Nelms (2017, Explore) portant sur 14 essais cliniques randomisés sur l’EFT et les troubles anxieux à conclu à des effets significatifs, avec une taille d’effet comparable à celle de la TCC. Une autre méta-analyse (Clond, 2016, Journal of Nervous and Mental Disease) sur 18 essais contrôlés randomisés à trouvé des preuves solides d’efficacité pour la réduction du stress et de l’anxiété.
Les effets les mieux documentés :
- Réduction de l’anxiété généralisée et des phobies spécifiques
- Stress post-traumatique (plusieurs études sur des vétérans)
- Douleur chronique
- Dépression légère à modérée
- Amélioration des performances sportives sous pression
Pourquoi ça fonctionne : les hypothèses
Les mécanismes exacts de l’EFT sont encore débattus. Les hypothèses les plus crédibles :
- Reconditionnement de la peur : le tapotement crée un signal sensoriel distrayant pendant l’exposition au souvenir ou à la pensée anxiogène. Ce signal interférerait avec la reconsolidation de la mémoire émotionnelle, l’atténuant
- Effet du tapotement sur l’amygdale : certaines études IRM montrent une réduction de l’activation de l’amygdale lors du tapping, similaire aux effets de l’EMDR
- Effets placebo et rituels thérapeutiques : la composante rituelle, la structure et l’auto-efficacité générée par la technique contribuent probablement aux effets
L’EFT divise les scientifiques. Les sceptiques pointent que ses fondements théoriques (les méridiens) ne sont pas validés par l’anatomie. Les partisans répondent que les effets cliniques mesurés sont réels, quel que soit le mécanisme exact. La position la plus honnête : les preuves cliniques de l’EFT sont solides pour l’anxiété et le stress, les mécanismes sont partiellement élucidés, et les risques sont pratiquement nuls. Pour quelqu’un cherchant un outil simple à utiliser seul en cas de montée d’anxiété, c’est une option sérieuse à expérimenter.




